Quennevières 1915

En juin 1915, alors qu’il se trouve au cœur des combats sur le plateau de Quennevieres, le Dr René Barthe entame la rédaction de son carnet de guerre.
22 ans plus tard, il le retranscrit pour le transmettre à son fils.
Sobrement intitulé "Quennevières, 1915", le carnet commence par cette dédicace :

Pour mon fils Marcel.
En souvenir de son oncle qu’il n’a pas connu, dont il porte, en souvenir, le nom : ce cher oncle Marcel tué à 27 ans, aux combats de la « Malmaison ».


25.XII.37


Aujourd’hui, la famille de René Barthe a fait le choix de republier ce carnet, 100 ans jour pour jour après sa rédaction.


En forme d’hommage.

XLVI

Les colosses

12 avril 1916
A la fois horrible et superbe, c’est un spectacle d’une diabolique beauté ! Et quand on songe que cette machination infernale n’a qu’un (...)
XLV

Les alouettes

3 avril 1916
Le ciel est incomparablement bleu : le temps est tiède, et, très haut dans les airs, s’enivrant de lumière et d’espace, les alouettes sèment (...)
XLIV

Le sourire

8 mars 1916
Enfin ! Un ciel radieux ; une température douce et tiède ; une lumière exquise. J’ai choisi, pour adorer ce premier sourire si tendre et si (...)
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à propos

Le plateau de Quennevières, théâtre sanglant de la grande guerre.


La bataille de Quennevières, l’enlèvement d’un fortin allemand situé en haut d’un promontoire, s’étala du 6 au 16 juin 1915 et causa plus de 7800 morts dans les rangs de l’armée française ainsi que quatre milliers dans le camp allemand.


L’attaque de diversion mise au point par le général Nivelle et censée soulager le front de l’Artois fut un échec et, par la suite, des combats réguliers eurent lieu dans cette zone jusqu’en mars 1917.



En avant-propos de son carnet de guerre, René Barthe appose, en 1937, ces quelques lignes :

Le plateau de Quennevières était un des bastions avancés de l’Ile-de-France, en avant du massif forestier de Compiègne.

C’est sur cette table sanglante, si proche de Paris, que furent hâtivement jetées ces notes. Elles correspondent aux premiers mois de Front de leur auteur. Dans d’autres combats, ensuite, la lassitude de répéter ces éternelles épreuves a fermé le fidèle calepin des soirs d’isolement. Exhumé, après vingt-deux ans d’oubli, ce livret mérite-t-il de sortir de sa vieille cantine délabrée ? Peut-être, car sa sincérité reste toujours valable.

L’Homme qui a maintenant doublé l’âge de celui qui écrivait alors, dégage de ce témoignage cette dramatique « Héroïcité passive » qui ne pouvait être que le lot de ces secteurs de résistance. Entre les adversaires qui achèvent de s’oublier s’interpose l’écran d’une formidable machinerie. Une immense détresse se dégage mieux, avec le recul du temps, de ce sacrifice d’acceptation et de l’effrayante usure qu’il entraînait.



Est-il permis de trouver, dans cette terrible école de soumission, pourquoi ceux qui en sont revenus ont vu éclater la Paix sans pouvoir y faire face ?



René Barthe, 25 décembre 1937